Entre diaspora et créolité

Mutations dans la communauté Afro-descendantes de la péninsule Européenne

L’Europe est en mutation; sa démocratie libérale, supposé fin de l’histoire, éclatent sous le poids de ses hypocrisies. Sanctionner l’envahisseur russe tout en protégeant le génocidaire Israélien. Accueillir le réfugié ukrainien à bras ouvert mais rejeter les semblables du continent africain ou d’Asie de l’Ouest. Critiquer le système de surveillance étatique chinois tout en perfectionnant le sien. La liste est longue et les contradictions flagrantes pour tous.
Une nouvelle Europe sort de lentement mais surement des crevasses de l’ancien monde, ses formes et caractéristiques encore incertaines. La mutation, cependant, nous promets déjà une certitude : elle est résisté par un renouveau décomplexé de hiérarchies colonialistes et de réflexes fascistes. La voix “formelle” péninsule semble à nouveau revendiquer son identité blanche “ancestrale”, et s’organise pour protéger sa population euroblanche d’invasion externes, ennemies de l’intérieur et tout autre supposée source de barbarisation et de remplacement.

Alors que cette transformation se déploie, nous Européens non-blancs aux origines du continent africain somme devenu des nuisible perturbant. Héritage de l’histoire très moderne de l’impérialisme et du colonialisme de la péninsule, nous rappelons l’identité euroblanche qu’elle est factice; rien d’autre qu’une fantaisie inventé par ceux incapable de s’adapter à une nouveauté qu’iels ne contrôlent pas.

Mais comment devrions-nous alors, en tant que communauté de fait, nous positionner face à cette nouvelle réalité ? Comment repenser le chemin vers une vie émancipée et digne pour les corps non-blanches en Europe? Sachant que la promesse de multiculturalisme des libérales-démocrates et soutenu par leurs politiques de tolérance et non-discrimination a perdu toute crédibilité, un retour en arrière est inutile. elle est peut-être même contre-productif; on défendrait un système qui, loyale à son hypocrisie, ne nous a jamais protégé des insultes, discriminations et brutalités. En d’autres termes : nous ne pouvons qu’avancer vers l’inédit.

Cet article vise à proposer des possibles solutions à cette énorme interrogation qui nécessite nuance et contradictions maîtrisés. Loin d’être exhaustive, ce texte espère servir de résonance pour certains et étinceler des critiques constructives pour d’autres.

Nous ne sommes pas d'ici

Choisir entre un rejet clair et net et une soumission masquée et fourbe. Si ce sont vraiment les deux options que la péninsule nous offre – et l’histoire tends à soutenir cette hypothèse – il est plus que légitime pour nous de ne tout simplement pas choisir : d’accord, nous ne sommes pas européens. Certes, on a peut-être vécu ici pendant des générations, mais forcé de constater que l’enracinement n’a pas pris. Pourquoi endurer un système qui nous balance insultes et mépris tout en nous demandant de nous rétrécir? Tous ces efforts sans aucune réciprocité? Non! Finis avec cet automutilation pour participer à *leur* jeu truqué.

On est éternellement étrangers parce que notre foyer est ailleurs. Notre foyer est cette partie de nous qui ne vient pas de la péninsule, mais d’un des 54 pays du continent. Elle a voyagée avec nous et réchauffe nos chambres et esprits. Oui, maintenant, tout s’aligne ; on fait partie de la diaspora ! Non pas dans le sens conventionnel du terme, qui se restreint géneralement à l’expérience des populations Juives, Palestiniennes et Afro-américaines. Diaspora dans sa définition plus large et malléable : toute communauté qui a consciemment gardée une connexion avec le pays d’origine qu’ils ont dû quitter dans la quête universelle de paix, de sécurité et d’opportunité. Et donc, on se rappelle que la voie vers la vie digne que nous recherchons ne peut que passer à travers l’émancipation de nos peuples et de nos terres. Le continent africain est notre centre, et nos sommes sa sixième région dispersée.

Pour certains d’entre nous, la nouvelle névrose de l’esprit colonial de l’Europe est tout simplement le signe qu’il est temps de rentrer. Après tous, c’est notre destin ; notre finalité. Les organisations qui facilitent un tel rapatriement se multiplient et nos pays d’origines nous attendent à bras ouverts; faisons le pas vers cette familiarité lointaine.

En attendant sur la péninsule, on ne se plaint pas du traitement de l’euroblanc parce qu’on s’attend à rien d’autre. Face aux forces de domination, la résistance et le subissement remplace le dialogue sourd. Joue à leur jeu truqué pour survivre ; fais ta maille, paye tes impôts et pries pour les malchanceux et les sans-papiers. Monte l’échelle si tu peux ! Remplis leur quota caché pour ceux avec nos têtes et couleurs. Prends tout ce qu’il y a à prendre parce que, qu’on le veuille ou non, c’est ici qu’atterris tout ce qu’ils volent de nos terres.
Quand on sort de chez nous, on devra encore toujours nous retenir et nous adapter. Mais on sait que la chaleur de la parenté et la communauté, avec toutes ses douleurs et ses failles, nous attends dans ces petits espaces qu’on a pu nous approprier. Ces sanctuaires qui nous permettent de préserver notre authenticité. Les murs peuvent être épais et rigides, voir même suffocants pour nos enfants et petits-enfants. Mais c’est le prix à payer pour eviter la *lacitification* et l’assimilation à ce monde soi-disant civilisé qui nous entoure.

Ni de là-bas

Mais qu’en est-il de nos sanctuaires qui ont oubliés nos langue et nos berceuses ? Ceux qui se sont fissurés ou fossilisés sous la pression déshumanisante de la péninsule ? Pour les enfants nés dans ces fractures, la rencontre avec la terre d’origine est aussi familière qu’elle est étrangère. Le temps a creusé une brèche qui grandit silencieusement et affaiblit les liens. Des efforts conscient peuvent atténuer les symptômes, mais la transmission qui fait de quelqu’un membre inaliénable d’un peuple est hors de portée. Il nous faut alors reconnaître une douloureuse réalité : notre terre d’origine n’est plus notre foyer. Maintenant, y aller ressemble plus à visiter un parent plus ou moins éloigné. Proclamer le contraire ne serait qu’imposer une fantaisie sur une réalité qui ne nous convient pas, et exploiter notre héritage africain pour amoindrir nos névroses existentielles. Ce serait utiliser l’outil et suivre le rythme de l’euroblanc; tenter de nous échapper des griffes du colon en l’imitant. Même aliénation, différentes pigmentations. Nous ne sommes pas de la diaspora. Il n’y a pas de terre promise qui nous attend ou tronc ancestral à préserver.

Créolisation et créolité

On semble être de nulle part, mais on n’est pas perdu. Notre point de référence reste nos sanctuaires respectifs. Poreuse, fragmenté et s’éloignant de la terre mère, on essaye de préserver la flamme de sa chaleur. Tout en laissant de l’espace aux autres, orphelins des sanctuaires brisés ou corps blancs qui rejettent l’imposture de l’euroblanchité, pour construire le leur. Une nouveau vivre-ensemble, basée sur l’entraide, d’adaptation et de ruse, se forme entre les communautés anciennement diasporiques et face aux hasards de la vie sur la péninsule. Ce qu’on a amené du continent existe toujours, mais sous forme nouvelle et composite. Ainsi, nous sommes devenus une mutation imprévisible née dans le cœur de l’ancien empire, qui fait naître de nouvelles identités libérées de la nécessité de dominé l’autre.

Dans ce sens, notre situation semble suivre les pas des Antilles, où des siècles passé l’identité Créole émergea d’influences et de transplantations entre peuples déracinés. Évidemment, nous n’avons pas vécu la rupture brutale avec les ancêtres causés par la traite négrière, ni le génocide culturel particulièrement violent qui l’accompagna. Mais nous partageons cette déconnexion de la terre des ancêtres et cette nécessité de s’ouvrir aux autres pour survivre. Jour après jour, la créolité européenne, propre à ses circonstances et conditions, prend forme. Et avec elle, une conception créole de la monde, différente de celle de l’euroblanc ou de la diaspora. Une conception où l’identité est comprise comme ouverte, composée et en transformation perpétuelle et non fermé, fixé et dotée d’une essence inaliénable. Où le monde est perçu comme un paysage à découvrir et non une carte à coloniser. Où l’on créée avec ce qui existe déjà et abandonne le passé et les idéaux rigides. Où l’humain est encouragé à être un errant curieux qui existe à travers ses relations avec l’autre et à s’accepter dans sa totalité.

Dans cette conception du monde, la légitimité de notre présence sur la péninsule est un non-sujet. Tout ce qui nous a nourris à sa place ici. On est européen, parce qu’on vit sur en europe. Point à la ligne. Notre place fut promise il y a des siècles, quand la “relation” entre le colon européen et le continent africain commença. Et quand on regarde l’euroblanc, on voit tout simplement un cousin narcissique et délirant qui n’a pas envie de faire ses devoirs; abandonner ces rêves à sens unique, corriger les torts dont ils profitent et se reconnecter avec l’européen en errance qui suffoque sous leur carapace blanche.

La terre ancestrale n’attend pas notre retour, mais nos ancêtres n’ont pas disparu pour autant. Ils sont là, au loin; ils nous surveillent et nous souhaitent de trouver la paix et l’appartenance que l’on ne trouve que dans les sanctuaires qui nous conviennent. Et nous les remercions pour leur amour et pour les sacrifices. À nous de tracer notre propre chemin maintenant.

pas de créolité avec l'euroblanc

La nouvelle europe créole arrive. Elle nous promet une réalité qui permettra aux êtres composés et non-définis d’exister. Mais elle ne nous protège pas de la terreur du colon et de ses descendants. Le Chlordécone et le racisme anti-noir qui continuent d’empoisonner les Antilles nous le rappellent tous les jours. Leur béké est notre euroblanc. Il surveille et s’infiltre, subtilement ou pas, dans les sanctuaires inattentifs. La même porosité qui nous offre une possible émancipation sur la péninsule nous rend vulnérables aux colons. Ses promesses sont grandioses et rassurantes mais infectées de prémisses racistes et fascistes. La frontière entre libération et lactification est brouilleuse, et le risque de nous trahir malgré nous plus grand que jamais.

Nos sanctuaires se doivent donc d’être protégés de cet ennemi oppresseur et fourbe. Il est crucial d’Identifier et d’éjecter les forces qui sont incompatibles avec la créolité qui existent autour et à l’intérieur de tout ce qui se trouve dans la péninsule. On reste donc curieux et ouvert, mais on se protège lorsqu’on marche dans les noyaux de cette civilisation hypocrite, zone dominé par l’euroblanchité. L’errance n’est que possible dans les marges. On la partages avec les diasporas qui survivent, ceux qui ont abandonnés l’euroblanchité et nos frères et sœurs sans-papiers. Ici, tout sanctuaire, composé ou non, peut se protéger contre l’assimilation et la fossilisation. Ici, l’empoisonnement de la civilisation hypocrite qui règne encore sur la péninsule peut être minimisé. Ici, on reste barbare: empathique, communautaire, et loin des fantaisies de grandeur et d’outrance. Ici, la nouvelle europe peut germer.

vers une mutation de la péninsule, créole et barbare!
B a c k T o T o p B a c k T o T o p

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